Sahara occidental: la décision de Trump ne sert pas les intérêts des Etats-Unis

Washington, 20 déc 2020 (SPS) La décision du président américain sortant Donald Trump de reconnaître la prétendue souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental "ne sert pas les intérêts des Etats-Unis" et ne fait que "renforcer son isolement sur une autre question internationale", a affirmé Paul R. Pillar, rédacteur en chef de la revue (National interest), basée à Washington.

"L'administration américaine n'a rien obtenu en échange de la décision de Trump, laquelle ne fait que renforcer l'isolement des Etats-Unis sur une autre question internationale", écrit Paul R. Pillar dans un article publié par la revue bimestrielle.

"Lorsque les Etats-Unis payent un tel prix, cela devrait être en échange de quelque chose dans l'intérêt des Etats-Unis ou dans l'intérêt plus général de la paix. Il ne doit pas servir les ambitions territoriales d'un Etat étranger", souligne Paul Pillar dans son article intitulé: "Le Sahara occidental et le prix du réconfort d'Israël".

Au lieu de cela, ajoute l'expert américain, l’accord conclu avec le régime marocain "faisait partie de la campagne de l’administration au nom du gouvernement israélien de Benjamin Netanyahu pour amener les Etats arabes à améliorer leurs relations avec Israël" pour que l'entité sioniste "poursuive son occupation des territoires palestiniens".

De ce fait, souligne-t-il, il s'agit d'une démarche qui "annule toute perspective de paix. Cela réduit encore toute incitation pour le gouvernement Netanyahu à opérer un changement de sa politique nécessaire pour résoudre le conflit avec les Palestiniens", déplore le journaliste américain.

Evoquant les accords de "normalisation" de certains pays arabes dont le Maroc, avec l'entité sioniste, l'expert dit que ces mêmes pays avaient déjà "une coopération approfondie" avec l'entité sioniste notamment sur les "questions de sécurité et de défense".

Il cite l'exemple du Maroc, qui tient-il à préciser, avait précédemment "échangé des bureaux de liaison diplomatiques avec Israël" à la suite des accords d'Oslo de 1990 bien que ces bureaux aient été fermés après l'Initifadha palestinienne de 2000. Donc, le récent accord "ne fait que rouvrir ces bureaux de liaison".

Et c'est pour cela, estime encore l'auteur, que  l'annonce de Trump relative à la reconnaissance de la prétendue souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental n"'a aucun effet sur le peuple du Sahara occidental, ni sur les efforts visant à résoudre le conflit. Cela ne peut que rendre la résolution du conflit moins probable, pas plus probable qu'avant",  surtout à la suite de la violation du cessez-le-feu de 1991, après l'agression lancée le mois passé par l'occupation marocaine dans la Zone Tampon d'El-Guerguerat, dans le sud ouest du Sahara occidental.

L'auteur résume que "la transaction avec le Maroc présente une symétrie perverse. Un accord dans lequel les motivations d’une partie impliquent de maintenir l’occupation d’un territoire et d’assujettir son peuple (les Palestiniens) aide l’autre partie à maintenir une autre occupation et la soumission d’un peuple (les Sahraouis)".

Pourtant, la "perspective internationale dominante vis-à-vis du conflit est tout à fait conforme au principe d'autodétermination du peuple sahraoui", rappelle-t-il dans ce contexte.

Paul Pillar rappelle enfin dans son article que les Nations unies considèrent le Sahara occidental comme un territoire non autonome et le Front Polisario comme le seul représentant légitime du peuple sahraoui.

Et que plus de  quatre vingt pays reconnaissent la République arabe sahraouie démocratique (RASD), créée en 1976 et qui est membre fondateur à part entière de l'Union africaine (UA). (SPS)

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