Sidati "préoccupé" par l'intention de l'UE d'étendre l'application de ses accords avec le Maroc au Sahara occidental occupé

Bruxelles, 21 mai 2018 (SPS) Le ministre délégué pour l'Europe,  Mohamed Sidati s'est dit lundi "préoccupé" par l'intention affichée de la  Commission européenne d'étendre le champ d'application des accords UE-Maroc  au Sahara occidental occupé, en violation du droit international.

"Nous notons avec préoccupation l'intention exprimée, au cours du débat,  par les représentants de la Commission d'étendre à la fois l'accord  d'association et de libéralisation des produits agricoles, ainsi que  l'accord de pêche avec le Maroc pour inclure le Sahara occidental occupé",  a-t-il affirmé dans un communiqué en réaction à l'échange sur l'état  d'avancement des négociations UE-Maroc au sujet des conventions adaptant  les protocoles relatifs aux règles d'origine dans l'accord d'association et  l'accord de pêche, organisé jeudi dernier au Parlement européen.

Pour Mohamed Sidati, il est "claire" que "les procédures envisagées visent  à contourner les arrêts de la Cour de justice de l'Union européenne  (CJUE)".

Fin février, la CJUE a conclu que l'accord de pêche UE-Maroc n'est pas  applicable au Sahara occidental et à ses eaux adjacentes.

Selon la CJUE, l’inclusion du territoire du Sahara occidental dans le  champ d’application de l’accord de pêche enfreindrait plusieurs règles de  droit international général applicables dans les relations entre l’Union et  le Royaume du Maroc, notamment le principe d’autodétermination.

En plus de l'arrêt du 27 février, la CJUE a rendu le 21 décembre 2016 une  décision selon laquelle les accords d'association et de libéralisation  UE-Maroc ne sont pas applicables au Sahara occidental, soulignant le statut  "séparé" et "distinct" de ce territoire, classé depuis 1963 sur la liste  des territoires non autonomes de l'ONU.

Le ministre sahraoui a dénoncé, à ce titre, l'attitude "hautaine" voire  "méprisante" des représentants de la Commission européenne à l'égard de la  CJUE, déplorant la terminologie utilisée par ces derniers pour désigner le  peuple du Sahara occidental.

"(...) les fonctionnaires de la Commission ont osé utiliser la terminologie marocaine illégale et infondée de +provinces+ pour désigner  les territoires du Sahara occidental occupé par le Maroc. Une terminologie  en totale contradiction avec les résolutions des Nations unies et qui montre leur mépris pour le statut du Sahara occidental en tant que  territoire non autonome soumis à un processus de décolonisation mené par  l'ONU", a-t-il souligné.

L'usage d'un langage "provocateur" et "l'adoption du récit de l'occupant  marocain", a-t-il poursuivi, "affaiblit la position diplomatique de longue  date de l'UE sur le Sahara occidental".

Pour Mohamed Sidati, l'utilisation répétée par les fonctionnaires de la  Commission de l'expression "population locale" à la place du "peuple du  Sahara occidental" illustre encore une fois le manque de respect envers le  peuple du Sahara occidental et les membres du Parlement européen.

Il s'agit, selon le ministre sahraoui d'une "tentative de déformer la  réalité sur le terrain et de marginaliser le représentant légitime du  peuple du Sahara occidental, le Front Polisario".

Mohamed Sidati a qualifié, par ailleurs, l'attitude de la Commission  européenne qui veut entraîner les institutions européennes dans le pillage  illégal des ressources naturelles du Sahara occidental d'"approche très  risquée".

Il a rappelé, à ce titre, que l'exécutif européen n'a pas demandé le  consentement du peuple du Sahara occidental à travers des "négociations  constructives" avec son représentant reconnu par l'ONU, le Front Polisario.

"La Commission a choisi de remplacer le consentement du peuple sahraoui  par une +consultation+ et le peuple du Sahara occidental par la +population  locale+ constituée majoritairement de colons", a-t-il relevé, soulignant  que la plus grande partie de la population du Sahara occidental était  "totalement exclus" de ces pourparlers.

"Les ONG ont refusé de participer à une telle manœuvre en raison du manque  de transparence et de crédibilité", a-t-il affirmé.

En effet, 89 associations représentant la société civile sahraouie ont  refusé de participer au processus de consultation, jugeant celui-ci biaisé  et renvoyant la Commission vers le représentant légal du Sahara occidental,  le Front Polisario

"Les populations du Sahara occidental n'ont rien à gagner de  l'exploitation et de l'exportation de leurs ressources naturelles", a  soutenu le ministre sahraoui qui a affirmé que cette exploitation servira à  "soutenir l'occupation illégale" du Sahara occidental par le Maroc.

Mohamed Sidati appelé les institutions de l'UE à prendre les mesures  nécessaires pour "empêcher la violation des principes et valeurs  fondamentaux de l'UE" et à mettre en place les mesures devant permettre la  mise en œuvre "immédiate" des arrêts de la CJUE afin de "mettre un terme à  l'un des (...) cas illégaux de pillage organisé des ressources d'un peuple  colonisé".

Il a exhorté également l'UE à "contribuer de manière constructive" au  processus de décolonisation au Sahara occidental, au lieu d'oeuvrer pour  l'amendement  de ses accords avec le Maroc en vue d'inclure le Sahara  occidental dans le champ d'application, ce qui "entrave les efforts de  l'envoyé personnel du secrétaire général de l'ONU, Horst Kohler" et "viole  le droit européen et international".(SPS)

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